Le terme « neurodivergence » est de plus en plus présent dans le langage courant, mais il est encore souvent mal compris ou réduit à des stéréotypes. Il décrit des personnes dont le cerveau traite, apprend ou interagit différemment de ce qui est considéré comme « typique ».
L'autisme, le TDAH (trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité), la dyslexie, la haute aptitude et le syndrome de Gilles de La Tourette relèvent tous de ce concept. Si ce sujet était auparavant abordé principalement lors de séances de thérapie ou à l'école, il occupe désormais une place centrale dans un lieu fondamental : le foyer.
À quoi devrait ressembler un logement pour une personne neurodivergente ? Qu’est-ce qui compte le plus ? Quels éléments peuvent véritablement favoriser son bien-être ? Que vous construisiez, rénoviez, achetiez, vendiez, louiez ou souhaitiez simplement aménager et décorer votre logement pour mieux vivre, ce guide est pour vous.
La question centrale est simple : comment concevoir des espaces qui aident le cerveau à se reposer, à se concentrer et à se sentir à l'aise ?
- Neurodivergence : qu’est-ce que c’est et pourquoi c’est important pour votre foyer
- Le domicile comme régulateur sensoriel
- Un décor qui régule : plus de fonctionnalité, moins de pollution visuelle
- Organisation et routine : donner une carte au cerveau
- Nettoyage et entretien : réduction des frottements
- Pièce par pièce : adapter l’environnement pour favoriser le repos cérébral
Neurodivergence : qu’est-ce que c’est et pourquoi c’est important pour votre foyer
Le terme neurodivergent désigne les personnes présentant des différences neurologiques, comportementales, de communication ou d'apprentissage qui divergent des normes sociétales.
La neurodivergence reflète des modes de traitement distincts :
- Stimuli (sons, lumières, toucher, odeurs)
- Attention et concentration
- Planification des tâches
- Communication et interprétation
Chaque cerveau perçoit l'environnement à sa manière, et ces différences ne sont pas des défauts, mais des variations naturelles de l'esprit humain. Parmi les formes les plus connues de neurodiversité, on peut citer :
- Dyslexie
- TDAH
- Autisme
- Syndrome de Gilles de la Tourette
- Trouble bipolaire
Ces troubles peuvent se manifester par une hyperactivité, une distractibilité, des sautes d'humeur, des difficultés d'interaction sociale ou des mouvements involontaires.
La maison est donc un écosystème sensoriel. Ce qui semble « normal » pour une personne peut être perçu comme du bruit, de l'éblouissement, une texture ou un encombrement insupportable pour une autre.
Penser à une maison adaptée aux personnes ayant des troubles neurodéveloppementaux, c'est en réalité penser à une meilleure maison pour tous : un espace qui réduit le stress, simplifie les routines, améliore le repos et accroît la productivité et le bonheur.
« Avant tout, l’espace doit être adapté à chaque individu. Le confort sensoriel et cognitif varie considérablement d’une personne à l’autre. Chez soi, le luxe, c’est de sentir le monde ralentir. Quand votre espace vous aide à vivre pleinement, votre cerveau vous en remercie – et vous aussi », explique la psychologue Rita Gama Ferreira, spécialiste du TDAH chez l’adulte.
Le domicile comme régulateur sensoriel
Dans le cadre d'une construction neuve ou d'une rénovation, la première étape consiste à considérer le logement comme un régulateur sensoriel. L'acoustique, par exemple, a un impact direct sur la régulation émotionnelle.
- Isolation acoustique : des portes de haute qualité, des cloisons solides et des fenêtres bien isolées contribuent à maintenir le calme et à minimiser les stimuli inattendus.
- Lumière : la lumière naturelle doit être équilibrée par des stores ou des rideaux, et l’éclairage artificiel doit être modulable pour éviter un éblouissement excessif.
Rita Gama Ferreira souligne l'importance de la régulation sensorielle et visuelle :
« Il est primordial de comprendre les besoins de chaque individu afin d'identifier les facteurs de surstimulation ou de désorganisation. Un éclairage modulable, ni trop vif ni trop froid, et une attention particulière au bruit sont essentiels. Les espaces doivent être calmes, avec des matériaux insonorisants et une organisation visuelle simple où chaque zone a une fonction bien définie. »
Rita, également auteure de Estou sempre a mil, souligne que la sécurité et la prévisibilité sont des piliers fondamentaux du confort :
« Il est essentiel d’être prudent avec les bougies ou l’encens au coucher, car on peut facilement les oublier et prendre des risques inutiles. Utiliser des boîtes transparentes dans le réfrigérateur permet de voir ce qu’elles contiennent et d’éviter d’oublier des aliments. Avoir une boîte – voire une pièce – pour ranger les affaires des invités lorsque la maison est en désordre est également une bonne solution. »
Autres considérations de conception :
- L’aménagement doit éviter la surcharge sensorielle. Une circulation fluide, des transitions douces entre l’ombre et la lumière, et des zones de refuge bien définies — comme un coin tranquille avec un fauteuil confortable et un éclairage tamisé — aident le cerveau à se déconnecter.
- Les odeurs ont aussi leur importance : les peintures, colles et vernis à faibles émissions, associés à une ventilation efficace, sont préférables aux parfums artificiels.
Un logement adapté aux personnes neuro-sensibles bénéficie également de supports visuels et technologiques :
« Les tableaux, les listes de contrôle et les routines visibles sont toujours utiles. Mettre en place des paiements automatiques, utiliser des traceurs pour les clés ou les objets importants et créer des rappels visuels peuvent simplifier la vie quotidienne. »
En fin de compte, c'est la maison qui doit s'adapter à la personne, et non l'inverse.
Un décor qui régule : plus de fonctionnalité, moins de pollution visuelle
La décoration ne se limite pas à l'esthétique ; elle est aussi une forme de régulation. Si les tendances actuelles privilégient les styles audacieux et stimulants, les espaces adaptés aux personnes neurodivergentes visent à réduire la charge cognitive et à accroître la prévisibilité.
La créatrice de contenu Patrícia Rebelo, diagnostiquée TDAH, explique ce qui fait la différence pour elle :
« Une bonne lumière naturelle, complétée par un éclairage artificiel doux. »
Les stratégies pratiques comprennent :
- Utilisez une palette cohérente avec une base neutre et un minimum d'objets visibles.
- Veillez à ce que les objets décoratifs aient une signification et ne servent pas simplement à remplir l'espace.
- Des plaids doux, des tapis et des rideaux créent du confort et une sensation d'intimité.
Rita Gama Ferreira ajoute :
« Une organisation simple, des étiquettes claires et des zones fonctionnelles bien définies créent de la prévisibilité. Certaines personnes atteintes de TDAH préfèrent des environnements plus stimulants ou colorés — et c’est tout à fait normal — mais chaque choix doit être intentionnel, et non chaotique. »
Organisation et routine : donner une carte au cerveau
L'organisation est thérapeutique dans un foyer neurodivergent. De petites stratégies facilitent le quotidien :
- Étiquetez les étagères et utilisez un code couleur pour les catégories
- Décomposez les grandes tâches en micro-étapes (« ranger la vaisselle », « essuyer les surfaces », « sortir la poubelle »).
- Gardez des paniers dans chaque pièce pour y ranger rapidement les objets égarés.
- Dupliquez les articles fréquemment utilisés (ciseaux, brosses, chargeurs) pour réduire les recherches.
Patrícia Rebelo ajoute :
« J’aime les espaces avec des rangements visibles et un endroit où poser les choses que je ne veux pas ranger immédiatement, comme un panier. »
Rita Gama Ferreira recommande de créer un « coin de régulation » — un espace pour restaurer son énergie sensorielle et émotionnelle :
« Il pourrait s'agir d'un coin avec un éclairage doux et des textures agréables pour lire, dessiner, écouter de la musique ou toute autre activité intéressante. C'est essentiel lors des moments de surcharge. »
Nettoyage et entretien : réduction des frottements
Pour de nombreuses personnes neurodivergentes, le plus difficile est de commencer. Levez les obstacles en :
- Limiter le nettoyage à des séances courtes et chronométrées
- Utilisation d'outils légers et simples (aspirateurs verticaux, balais à franges à vaporiser)
- Choisir des produits de nettoyage neutres et peu parfumés
- Utiliser un calendrier de maintenance visuel pour répartir les tâches sur le mois
La psychologue Joelle Santos, spécialiste de la neurodiversité, explique :
« Pour de nombreuses personnes neurodivergentes, le défi n’est pas d’accomplir la tâche, mais de commencer. Le cerveau peut se bloquer face à des tâches importantes ou des environnements chaotiques. Lever les obstacles et simplifier la première étape transforme l’impossible en une série d’actions réalisables. »
Déléguer les tâches ménagères peut également contribuer à maintenir l'ordre sans stress, par exemple grâce à un soutien bimensuel ou mensuel.
Pièce par pièce : adapter l’environnement pour favoriser le repos cérébral
Adapter chaque pièce peut créer un sentiment d’harmonie qui permet au cerveau de « déconnecter » :
- Entrée : elle doit constituer un point d’ancrage – des porte-manteaux robustes, un rangement à chaussures aéré, un banc pour s’asseoir et des plateaux pour les clés et le courrier réduisent le chaos aux arrivées et aux départs.
- Salon : délimitez des zones pour la conversation, la lecture et la télévision ; utilisez des tapis pour absorber le son et des meubles pour guider le regard. Dissimulez les câbles.
- Cuisine : respectez le triangle d’activité (réfrigérateur, plan de travail, plaque de cuisson) ; les bocaux transparents évitent le gaspillage et les oublis. Les surfaces mates et une bonne ventilation réduisent les inconforts sensoriels.
- Chambre : privilégiez le repos avec des rideaux occultants, une literie douce, un minimum de câbles, des couleurs murales apaisantes et des diffuseurs sans parfum.
- Salle de bains : privilégier un éclairage doux et non éblouissant ; des textures douces ; un rangement discret ; éviter les parfums forts et le chrome réfléchissant.
« L’environnement physique influe directement sur la régulation émotionnelle. Une maison conçue pour réduire les stimuli et accroître le confort sensoriel cesse d’être simplement un lieu de vie ; elle devient un espace qui nourrit, organise et rassure l’esprit », conclut Joelle Santos.